Odoo 20 : les nouveautés pour l'usine et l'entrepôt
Nous étions à Brussels Expo le 24 septembre pour la keynote d'ouverture d'Odoo Experience, celle où la version 20 a été présentée. Depuis, nous avons passé les notes de version au peigne fin, application par application, avec une seule question en tête : qu'est-ce qui change concrètement pour une usine ou un entrepôt ? Pas grand-chose dans ce qui a fait le bruit de la keynote, beaucoup dans des lignes que personne ne relaie. Voici notre lecture, avec ce qui nous plaît et ce qui nous freine.
Bruxelles, 24 septembre 2026, le matin de la keynote. Photo prise sur le chemin de Brussels Expo.
Ce qu'on a entendu à Bruxelles
La keynote a tourné autour de trois sujets : l'intelligence artificielle partout dans la suite, une interface rafraîchie, et une grille tarifaire qui bouge pour la première fois depuis 2022. Sur ce dernier point, Odoo a été clair : le plan Standard ne change pas, le plan Personnalisé augmente de 20 %, et un nouvel accès « Light User » arrive à 7,90 euros par employé et par mois.
Ce Light User mérite qu'on s'y arrête. Il couvre les usages RH et quelques applications d'exécution : scan code-barres en entrepôt, atelier, planification, point de vente. Pas de ventes, pas d'achats, pas de comptabilité. Sur un site industriel, la majorité des personnes n'ouvrent l'ERP que pour pointer, scanner ou déclarer une quantité produite, et beaucoup d'entreprises contournaient le prix de la licence complète avec des comptes partagés sur les tablettes d'atelier, au détriment de la traçabilité par opérateur. Une réserve : dans la nouvelle version du contrat Enterprise, toute fiche employé active non rattachée à un utilisateur complet compte comme Light User. Il faudra tenir ses fiches employés à jour.
Approvisionnement et achats : les calculs arrivent
C'est la partie qui nous intéresse le plus, et elle tient en quelques lignes des notes de version que la keynote n'a même pas mentionnées.
Les seuils de réapprovisionnement sont enfin suggérés. Le minimum et le maximum d'une règle de réapprovisionnement sont désormais proposés à partir de l'historique de la demande, de la couverture en jours souhaitée et de la fréquence de commande. Sur les bases que nous voyons passer, une bonne partie des règles date de la mise en production et n'a jamais été revue. Une suggestion qui se recalcule change le travail de l'approvisionneur : il valide, il ne devine plus. Les limites sont réelles : la formule n'est pas publiée, et rien dans les notes n'indique une prise en compte de la saisonnalité ni de la tendance. Un produit saisonnier ou en fin de vie continuera de demander une revue humaine.
Une note de qualité par fournisseur. Le taux de qualité d'un fournisseur est maintenant calculé sur les contrôles qualité réellement passés sur ses produits, et visible depuis les achats. Jusqu'ici, ce croisement se faisait dans un tableur, quand il se faisait.
La date d'arrivée prévue devient modifiable sans perdre l'historique. L'acheteur corrige la date sur le bon de commande tout en conservant celle donnée par le fournisseur. C'est le détail qui rend le taux de livraison à temps enfin calculable proprement : on compare la promesse initiale à la réalité, pas la dernière date modifiée.
À côté, du plus discret mais utile : un seul bouton « Commander » dans le tableau de réapprovisionnement, un Incoterm par défaut par fournisseur, le coût affiché dans l'unité du produit à côté de l'unité d'achat, et la référence d'achat du fournisseur imprimée sur les réceptions.
Stock : voir le passé et le vieillissement
Trois nouveautés d'inventaire répondent à des demandes que nous entendons dans presque chaque projet. L'inventaire à une date passée : un sélecteur de date dans le rapport de stock donne la photo du stock à n'importe quelle date, filtres conservés, horodatage précis. Pour un inventaire comptable ou un litige, c'est ce qui manquait. Le rapport d'ancienneté du stock, depuis l'analyse des mouvements : quantité et valeur par tranche d'âge, donc un point de départ concret pour traiter les dormants. Et la valorisation corrigée après coup : quand le coût d'un produit change après sa sortie, frais d'approche saisi en retard ou facture différente du prix de commande, la valeur de la livraison et le coût des ventes sont mis à jour rétroactivement.
On note encore le document CMR généré depuis la livraison, les routes de poussée selon l'emplacement de réception, et un rapport de traçabilité qui montre l'amont et l'aval d'un lot sur une seule page.
Fabrication et atelier : la production continue
Le module Fabrication reçoit la refonte la plus visible de cette version.
Production continue. Les quantités produites se déclarent désormais sur les ordres de travail. Si l'option est activée sur la nomenclature, l'opération suivante démarre dès que des quantités sont prêtes, sans attendre la fin de l'ordre précédent. C'est le flux par lot partiel que beaucoup d'ateliers pratiquent déjà sur le terrain sans que l'ERP sache le représenter. Jusqu'ici, on le modélisait avec des ordres scindés à la main.
Planning d'atelier. Nouvelle vue Kanban des ordres de fabrication regroupés par semaine, avec l'état des composants, le poste de travail actif et le temps restant. Nouvelle vue Gantt des ordres de travail avec glisser-déposer et planification par employé. Les ordres de fabrication sont planifiés au plus tôt par défaut, et l'ordre de la liste fait la priorité. Les reliquats d'une production planifiée sont planifiés automatiquement à leur création.
Coût prévu et coût réel. Le champ « Coût de l'OF » affiche le coût provisoire tant que l'ordre est en cours, puis le coût réel une fois clôturé. C'est ce qui permet, enfin, de comparer un devis à ce que la fabrication a réellement coûté, sans extraction.
Le reste est du confort d'exploitation qui compte : scinder un ordre en cours pour produire le reste plus tard, remettre en brouillon un ordre validé, un seul bouton « Produire » commun à Fabrication, Atelier et Code-barres, le poste de travail sélectionné en scannant son code-barres, l'emplacement de rebut choisi depuis le contrôle qualité échoué, et en PLM un rapport unique de toutes les modifications d'une nomenclature avec la comparaison des coûts.
L'IA et les agents : ce qu'il y a vraiment dans la boîte
Visuel de lancement d'Odoo 20. Crédit : Odoo S.A.
Les agents IA étaient la vedette de la keynote. Ils créent et mettent à jour des enregistrements à partir d'un fichier d'instructions, se déclenchent depuis une action automatisée ou planifiée, répondent à une question sur un document en prévisualisation, et demandent une permission par des boutons avant d'agir. Odoo choisit lui-même le modèle chez le fournisseur retenu. Le point le plus intéressant pour un industriel est ailleurs : un serveur MCP (Model Context Protocol) expose la base Odoo à des assistants externes, avec les droits d'accès de l'utilisateur. Nous avions décrit ce que cela ouvre dans notre article sur les agents IA connectés à l'ERP, et nous le faisons depuis un an sur notre propre base avec un connecteur maison : le voir en standard est une bonne nouvelle.
Il faut ensuite lire la première ligne de la section IA des notes de version : toutes les fonctionnalités d'IA nécessitent des crédits, achetables via IAP. En keynote, l'IA a été présentée comme faisant partie de la suite, dans le même souffle que le maintien du prix du plan Standard. Les deux sont compatibles : l'accès aux fonctions est compris, la consommation ne l'est pas. Ce qui manque, c'est la grille : au moment où nous écrivons, le prix des crédits n'est pas publié. Tant qu'il ne l'est pas, un déploiement large d'agents relève du pari budgétaire.
Les autres nouveautés dont tout le monde parle
Hors périmètre opérations, trois annonces reviendront dans vos discussions internes : le mode hors ligne, qui permet de créer et modifier des enregistrements sans réseau sur les sites mal couverts ; la téléphonie intégrée, avec concepteur de flux d'appels ; et la refonte des droits d'accès, où les règles d'enregistrement disparaissent au profit d'un domaine porté par le droit d'accès. Ce dernier point compte pour la suite.
Ce que nous retenons de positif
À notre avis, la vraie nouveauté pour un industriel n'est pas l'IA, ce sont les calculs. Des seuils de réapprovisionnement qui se recalculent, une note qualité par fournisseur, un taux de livraison à temps enfin propre, un coût prévu contre un coût réel par ordre de fabrication, la photo du stock à une date passée : ce sont des chantiers que nous voyons faire au tableur, avec les erreurs que cela implique. Les voir dans le standard réduit le spécifique, donc le coût de possession et celui des migrations suivantes. La production continue et le planning d'atelier rapprochent l'ERP de ce que l'atelier fait déjà. Le Light User, s'il tient ses promesses contractuelles, rend raisonnable l'idée de donner un accès nominatif à tout le monde sur un site.
Ce qui nous freine
Trois points. Le flou sur le coût de l'IA, d'abord : un assistant qui crée une commande depuis un PDF est utile, mais facturé à l'appel, sans grille publiée. À tester sur un seul flux, compteur de crédits sous les yeux. Les formules non publiées derrière les seuils suggérés, ensuite : sans saisonnalité ni tendance, la suggestion vaut ce que vaut l'historique récent, et la revue humaine reste nécessaire sur les références sensibles. La migration, enfin. Le socle technique change en profondeur et la refonte des droits d'accès touche tout module spécifique qui définissait ses propres règles d'enregistrement. Sur une base avec beaucoup de développements sur mesure, c'est une reprise de code, pas une mise à jour. Notre conseil habituel vaut plus que jamais : attendre les correctifs des premiers mois et tester sur une copie de base avant de basculer.
Et il y a le calendrier. Odoo ne maintient que ses trois dernières versions majeures : avec la sortie de la 20, ce sont la 18, la 19 et la 20 qui restent en support standard. Odoo 17 en sort maintenant, et les entreprises restées dessus ont un sujet plus urgent que les nouveautés de la 20.
Migrer ou attendre
Si vous démarrez un projet, partir sur la 20 est logique. Si vous êtes en 19 avec peu de spécifique, rien ne presse avant 2027. Si vous êtes en 16 ou 17, le sujet n'est plus la 20, c'est de sortir d'une version sans support standard, et cela se prépare maintenant. Dans tous les cas, la première tâche est l'inventaire des modules spécifiques touchés par la refonte des droits d'accès, avant toute estimation de charge. Notre article sur la manière de connecter l'IA à Odoo en industrie reste valable en version 20 : le serveur MCP simplifie la connexion, il ne change pas la méthode.
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